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Moins de lait et plus de viande : Emmanuel Pouleur prépare sa « seconde partie de carrière »

Passionné d'élevage, Emmanuel Pouleur mise sur la génétique sans cornes et la facilité d'élevage.

Sur le Gaec du Saint-Éloi dans le Nord, l’heure est au « réajustement de mi-carrière ». Si Noël et Emmanuel veulent garder le même nombre d’animaux sur la structure, ils comptent remplacer quelques vaches laitières par des vaches allaitantes pour repenser la charge de travail.

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Avec 90 vaches laitières et 75 vaches allaitantes, Emmanuel et Noël Pouleur, éleveurs dans le Nord de la France, ambitionnent un petit rééquilibrage. Leur objectif : faire un petit peu plus de viande, et un petit peu moins de lait. Une manière pour les deux frères d’envisager ce qu’ils appellent leur « seconde partie de carrière ».

Car après 25 ans d’élevage, les épaules commencent à souffrir. « Le lait est rentable, mais il demande de l’astreinte », regrette Emmanuel. Avec une salle de traite en bout de course se pose la question du renouvellement ou du passage en robot. « Je ne sais pas ce que nous ferons, mais ce qui est certains, c’est que nous ne partirons pas sur une course à l’effectif ».

Pour lui, l’agriculture est une question d’équilibre. « Je veux être éleveur et pouvoir avoir une vie de famille ou des engagements à côté », tranche-t-il. Malgré un prix du lait avantageux, c’est bien la disponibilité en temps et en main-d’œuvre qui conditionne leurs choix : « ce qu’on veut, c’est un certain confort de travail ». D’autant que les prix de la viande jouent en faveur de l’élevage allaitant. « Je suis optimiste pour la filière : il n’y a plus d’éleveurs ».

Dans l’Avesnois, la marge brute/hectare est meilleure avec du bovin viande qu’avec des céréales.

Et pas question de se décharger en misant sur les cultures de vente : « ça m’ennuie de faire une après-midi de tracteur », sourit Emmanuel. « Nous avons fait le calcul il y a quelques années. La marge à l’hectare est deux fois meilleure en lait qu’en production céréalière dans l’Avesnois. En vache allaitante, elle était équivalente, mais j’imagine qu’avec l’embellie des cours de la viande, ça a progressé ».

D’ici un an ou deux, la structure comptera donc 85 vaches allaitantes, et 70-75 vaches laitières.

La volonté de développer la viande ne date pas d’hier. Les éleveurs ont débuté en se lançant dans la finition il y a 5 ans. Engraissement des génisses laitières et allaitantes, atelier des taurillons : seule une petite quinzaine de broutards est vendue en maigre chaque année.

Les derniers gros investissements sur la ferme concernent d’ailleurs le troupeau viande. Il y a trois ans, une nouvelle stabulation est sortie de terre pour un montant de 300 000 €. « C’était une manière d’avoir des emprunts pour notre seconde partie de carrière », explique Emmanuel. « Je préférais mettre de l’argent pour avoir un outil confortable, que dans des tracteurs de défiscalisation ». Filet brise-vent automatique, accès facile à la case de pensée… L’ensemble est pensé pour être agréable au quotidien.

La nouvelle stabulation est équipée d'un filet brise vent à gestion automatique. (© Terre-net Média)

Dégager une image positive de l’élevage

« Nous aurions pu poursuivre avec l’existant. Mais si l’on veut qu’il y ait encore de l’élevage demain, il faut faire en sorte que cela soit plaisant », poursuit l’agriculteur. « Il y a tout une génération qui a été dégoûtée de l’élevage faute de prix. Mais si la conjoncture se maintient, nous sommes dans une situation qui peut donner envie aux jeunes qui ont 15 ans aujourd’hui de s’installer demain ». Mais pour donner envie, il faut montrer l’exemple : « avoir des horaires corrects, c’est une belle pub qu’on fait à la filière », avant d’ajouter, « même si j’adore passer du temps dans mes vaches ! »

Pour survivre à 25 années de prix bas en bovin viande, il faut être technique

Mais au-delà de l’image, la rentabilité doit être là. Lorsque Noël et Emmanuel ont réinvesti dans la viande, les cours n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. « Pour survivre à 25 années de prix bas en bovin viande, il faut être technique », martèle l’agriculteur. « On connaît nos marges, on n’a pas investi par hasard ».

Sur le Gaec du Saint Eloi, la bascule tient une place centrale. « C'était notre premier investissement il y a 25 ans » (© Terre-net Média)

Double période de vêlages

Depuis 10 ans, lui et son frère misent sur la double période de vêlage. Une organisation qui permet de pratiquer le vêlage 30 mois. Sur la ferme, un lot de vaches vêle entre le 1er octobre et le 1er décembre, un autre entre le 1er mars et le 1er mai. Ce compromis permet de gagner six mois sur l’âge au premier vêlage, tout en gardant des animaux bien conformés en réforme. « Je ne donne aucun concentré aux vaches comme aux veaux, donc c’est une forme de compromis ».

Mais le tout n’est pas de mettre en place des périodes de vêlage, encore faut-il s’y tenir. Deux fois neuf semaines sont allouées à la reproduction. Les premières vêlées sont mises à l’IA en début de période. En parallèle, les taureaux sont lâchés sur le restant du troupeau. « Les vaches n’ont qu’une chance à l’IA. Je fais des échographies après le premier cycle. Si des vaches reviennent en chaleur, je les mets dans un lot avec le taureau et je traite tous les petits bobos autour de la fertilité ». En fin de période, une dernière échographie permet de faire le tri. Si une vache est vide, elle part à l’engraissement. « Je pourrais les décaler d’une période à l’autre, mais je trouve que ça n’est pas une bonne manière de sélectionner les animaux ».

Sur la précédente campagne de vêlage, l'IVV moyen tourne autour de 365 jours, avec une mortalité en dessous de 5 % sur jeunes veaux. 

Côté poids, les résultats bovins croissance sont encourageants. Compter 300 kg pour les mâles et femelles de 7 mois, sans concentré. Les génisses mises à la repro à 22 mois pèsent entre 500 et 600 kg, voire davantage pour les têtes de lot, et le poids moyen des réformes avoisine les 450 à 470 kg carcasse. « C’est un peu bas, mais cela inclut les génisses grasses que l’on vend en label à 435 kg », précise l’éleveur.

Une complémentation ciblée sur l’engraissement

Pour être rentables, les éleveurs misent au maximum sur l’autoproduction. La ration des vaches allaitantes se compose de 2/3 d’ensilage d’herbe et 1/3 de maïs, sans aucun complément. « On essaie de valoriser autant que possible la protéine de l’herbe, que ça soit par l’ensilage, ou par un pâturage tournant dynamique avec des changements de parcelle tous les 5 jours ».

Cette ration est déclinée pour les animaux à l’engraissement avec l’ajout d’un correcteur azoté. Les taurillons ont un tourteau de soja-colza. Les génisses grasses du corn gluten de maïs.

Seule la finition demande une complémentation. Compter 12 t de tourteau (soja-colza) sur les 9 mois d’engraissement des 30 taurillons, pour un poids carcasse autour des 400 kg. À cela s’ajoutent 10 t pour la trentaine de réformes et génisses en label.

Passionné d'élevage, Emmanuel Pouleur mise sur la génétique sans cornes et la facilité d'élevage. (© Terre-net Média)

Se faire plaisir avec la génétique

Enfin, l’éleveur aime à se faire plaisir avec la génétique. « Cela fait une dizaine d’années que je travaille le gène sans cornes ». Aujourd’hui, plus de la moitié du troupeau est sans cornes. Le cœur du métier d’éleveur reste la sélection. « Aujourd’hui, les prix de la viande nous permettent de renouer avec cela, d’aller chercher des taureaux qui apportent une réelle plus-value sur le troupeau, et cela donne du sens à notre métier ».

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